Prix Ulysse 2020

Prix Ulysse à l’ensemble de l’œuvre : Mathias Enard

MATHIAS ENARD ENTRE ORIENT ET OCCIDENT

Quel auteur, plus que lui, a mérité le Prix Ulysse ? Depuis son premier roman, Mathias Enard nous fait traverser la Méditerranée avec les personnages les plus inattendus et les plus dangereux : Un tireur d’élite pris dans une guerre civile sans merci (La perfection du tir 2003,  Prix des cinq continents de la francophonie, Mention du Prix Ulysse du Premier Roman),

Un ancien des services secrets, revenu des conflits d’Algérie et du Proche Orient,  (Zone  2008, Prix Décembre, Prix du livre Inter, Prix Candide, etc..) Un jeune Marocain errant en Espagne lors des printemps arabes et du mouvement des indignés, Rue des voleurs 2012, Prix roman-news, Prix de l’Académie littéraire de Bretagne), Un musicologue viennois amoureux, (Boussole, Prix Goncourt 2015), Et même le grand Michel-Ange appelé à Constantinople par le Sultan pour construire le pont qui devrait relier l’Orient à L’Occident, dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (Prix Goncourt des lycéens, 2010)

Tous nous parlent d’eux-mêmes et du monde, livrent  souvenirs et  sentiments au fil de monologues haletants, complexes ou poétiques, et leur voix à peine interrompue mène le roman, étire le temps et l’espace, donne à voir le monde de manière singulière pour nous désorienter. Magicien subtil, qui joue avec les références littéraires, le rythme de la phrase, et même la pagination (dans Zone, le nombre de pages correspond aux kilomètres parcourus, et dans Boussole, chaque page équivaut à 90 secondes dans le récit), Mathias Énard est aussi diplômé de l’École du Louvre, traducteur d’arabe et de persan, journaliste, professeur d’arabe à l’Université de Barcelone et à Berne.

Son nouveau roman a pour titre Le Banquet annuel de la confrérie des Fossoyeurs.


Prix Ulysse au premier Roman : Maylis Besserie pour le Tiers-temps

C’est un pari subtil qu’a tenté et réussi Maylis Besserie : un sujet audacieux voire périlleux, une confrontation avec la déchéance physique et mentale, une construction contemporaine, et le cocktail stylistique où se confrontent Beckett, génie du théâtre qui s’en défend, et son admiratrice (dont le style n’est pas moins maîtrisé et mûr). Car c’est avec empathie mais surtout avec une admiration latente, que l’autrice nous plonge dans la très sobre (quoiqu’un peu alcoolisée) réalité des derniers jours du génie irlandais, un des rares à avoir snobé le prix Nobel de littérature, qu’il n’est pas allé chercher.

Son éditeur (Jérôme Lindon), les infirmières, les repas, le dernier pâté de maisons du 14e arrondissement où se promener : notre autrice s’est finement documentée et semble imprégnée de l’auteur au point de sembler épaulée par ‘Sam’ pour son écriture, inspirée.

La fin est triste, inéluctable comme chacune des nôtres, mais Maylis Besserie la transforme en acte théâtral. On apprécie cette évocation d’encore possibles amours de vieillesse, et de voir Beckett devenir un personnage de théâtre, de son propre théâtre — ce qu’il était ?

Une fin dont la confusion n’est pas sans rappeler L’état d’apesanteur d’Andrzej Kusniewicz. Où l’on finit par envier le dramaturge de quitter son Ehpad pour rejoindre James Joyce.


Le Prix Ulysse

Correspondant et conseiller littéraire: François-Michel Durazzo, poète de langue corse, traducteur en français, en corse, en espagnol ou en italien d’une cinquantaine d’œuvres : recueils et anthologies de poésie ainsi que plusieurs romans.

Secrétaire Générale: Michèle Chailley-Pompei.

Membres d’honneur: Françoise Ducret, Jocelyne Casta, Sylvie Medori, Cécilia Castelli, Françoise Chagnaud, Françoise Bastien, Martine Cometto, André Casabianca, Michèle Corrotti, Marie-Restitude Lodovici, Xavier Dandoy de Casabianca, Ghjacumu Santucci, Marilyne Paoli, Gilles Zerlini, Anne Romeyer-Dherbey, Aldo Siddi, Monique Antomarchi.