Prix Ulysse du Premier Roman 2026
Le prix Ulysse est un prix littéraire créé en 2001 et décerné chaque année à Bastia au mois d'octobre, à l'occasion du festival Arte Mare, festival du film méditerranéen de Bastia. Deux prix Ulysse sont remis : l'un à un jeune auteur, pour son premier roman méditerranéen, ou à un roman d’un auteur méditerranéen traduit pour la première fois en français ; le second, décerné depuis 2004, à un auteur distingué pour l'ensemble de son œuvre.
Le jury, jaloux de son indépendance, est composé de simples lecteurs, de professeurs, de bibliothécaires et d'acteurs de la vie culturelle corse. François-Michel Durazzo, poète et traducteur, en est aujourd'hui le délégué.
Les finalistes
Au terme d’une saison de lectures, riche en émotions et en surprises, le jury du Prix Ulysse a distingué cinq ouvrages :
Le ciel l’a mauvaise d’Éléa Marini, Éditions de l’Olivier
Une tempête submerge une ville. Dans ce paysage dévasté, trois personnages, oubliés de l’évacuation, se rencontrent : Isaac, une sorte d’ermite retiré du monde ; Alma une serveuse déracinée ; et Bo, un orphelin, sans nouvelle de sa mère partie avant la catastrophe.
Le roman raconte l’errance de ce trio improbable. Au fil de leurs aventures, le lecteur découvre les traumatismes de ces héros qui deviennent, presque malgré eux, indispensables les uns aux autres, formant peu à peu une véritable famille de cœur. Les liens indéfectibles qui se tissent leur permettent de survivre et les conduisent vers une forme de résilience.
Ce roman est d’une grande actualité car la vie de nos personnages est bouleversée et dépend totalement des aléas climatiques.
Éléa Marini dépeint, avec une grande finesse, des personnalités sensibles et attachantes, dévoilant, progressivement leurs blessures les plus profondes. Les dialogues sont justes et savoureux : ils révèlent les accents, les faiblesses et les forces de ces trois êtres déracinés.
« Le ciel l’a mauvaise » dans le ciel, lorsque les éléments se déchaînent, mais également, dans le cœur de nos héros malgré eux. Après la tempête, l’espoir renaît parfois ….
Éléa Marini vit à Montpellier et travaille comme scripte sur des séries et des films.
Mitteleuropa Les carnets secrets de Redo de Vicente Luis Mora, Éditions Maurice Nadeau
Mitteleuropa fascine : Vicente Luis Mora réinvente la confession romanesque par la voix du faux mémorialiste Redo Hauptshammer (palindrome de l'Oder, le fleuve), mêlant réalisme magique, érudition et humour corrosif. L’apparition progressive de cadavres militaires dans un jardin prussien, tour à tour ironique et inquiétante, forme un mécanisme narratif d’une grande rigueur. On y perçoit une étrangeté métaphysique et une ampleur narrative ponctuée d’échos kafkaïens, de résonances borgésiennes et d’allusions à García Márquez, sans jamais effacer la voix propre de Redo de Vicente Luis Mora. Le tissage narratif du récit et ses clins d’œil savants ouvrent des strates historiques et symboliques ; l’humour noir et la fantaisie grotesque contrebalancent les digressions philosophiques. Première traduction remarquable, Mitteleuropa est savant, mystérieux et profondément humain : une très belle découverte !
Habibi Beyrouth de Amal Salamé, Éditions de La Tribu
Pour obtenir une carte d’identité française, une jeune photographe Franco-Libanaise retourne au Liban qu’elle a fui voilà 17 ans. Sa quête se révélera extrêmement compliquée et la mènera à une exploration passionnante de Beyrouth et de la société contemporaine, jusqu’au fin fond du pays tenu par le Hezbollah. Entre nostalgie et répulsion devant les dérives politiques, Amal-Amélie tente de renouer les fils de son identité. L’exil, la transmission, l’appartenance — savoir qui l’on est et où se sentir chez soi — sont des questionnements qui résonnent douloureusement dans son cher pays perpétuellement ravagé. Beyrouth mon amour …
La Guérisseuse de Catane de Simona Lo Iacono, Éditions Métaillé
Au pied de l'Etna, les frontières entre la science, la foi et les croyances populaires semblent parfois s'effacer. Avec La Guérisseuse de Catane, Simona Lo Iacono nous entraîne dans un univers où les secrets de famille, les traditions ancestrales et les destins individuels s'entrelacent avec une rare intensité. L’autrice nous plonge dans la Sicile médiévale, au cœur d'une terre où se mêlent cultures, savoirs et croyances. Inspiré de l'histoire vraie de Virdimura, première femme médecin juive autorisée à exercer au XIVᵉ siècle, ce roman nous invite à découvrir un destin exceptionnel, celui d'une femme dont la voix, résonne aujourd'hui avec une étonnante modernité.
La fille de la Colline de Sevin Sahin, Éditions Philippe Rey
Un prenant périple dans les pas d'une jeune Française d'origine turque, qui met tout en œuvre pour tracer sa propre et singulière voie.
Dans son enfance sur la Colline Pomme, près d'Ankara, Sibel, la narratrice, s'était promis de ne jamais avoir de garçon. Plus tard, devenue mère à Paris, lorsque son fils de deux ans se retrouve dans le coma, elle est assaillie de questionnements.
Deux périodes fondatrices de sa vie ressurgissent : ses premières années en Turquie — dans une communauté Alévie, en Anatolie, marquée par les traditions n'offrant que peu d'avenir aux femmes en dehors du mariage — et son arrivée en France avec une immersion chaotique : clubs, drogues, musique électro et aventures amoureuses.
Revenue de ses excès, Sibel comprend qu'elle doit se réconcilier avec les différentes parts d'elle-même pour affronter l’épreuve maternelle du coma de son fils.
L’auteure, Sevin Sahin, trentenaire, journaliste indépendante, d'une plume inspirée, dense, riche, imagée, explore avec subtilité des thèmes complexes : maternité, identité, culture, exil, héritage et liberté individuelle.
